soliman

Soliman

Buste

brume, avenue, crépuscule
des allées la rumeur s’endort
se recouvre d’un châle aveugle
la gueule grouillante enfin
se referme ravalant ses hôtes
– parasites terrorisées –
elle se tient debout, droite
elle a quitté les cimes, laissé
ses terres de lumière
son souffle descend léger
sur l’accalmie, elle contemple
elle concentre elle examine
avant de se jeter sans frein
dans le temps, de s’ouvrir
elle inspire, écarte les bras, s’élance
au fond des avenues, funambule, avance d’un pas lest
les bras levés en croix, les jambes raides tendues, lancées
le visage blanc sans visage lavé des mondes
elle avance oublie accueille intrépide impavide
elle a le corps percé de lune et de nuit.
flottant sur les torrents de bitume
dans le râle environnant l’agonie
des choses . le dernier souffle du monde
– le dernier des souffles – .
croulent les fondations les immeubles
les lotissements croulent les jardins
les routes et les lacs, les cours,
les ponts les portes et les murs
aux alentours le monde se retire.
sans réplique l’abandonne tendue
trait d’union ente terre et ciel
la laisse nue, vaste étincelante
le visage ovale blanc penché
immaculé le visage lune…
les bras jetés jambes enfouies
dans le pavé devenu sable
et autour de ses ailes sans plume
l’à-plat revenu, monde sans monde
force sans objet, libérée
à son passage les choses
se retirent se rejoignent
en un monde hors du monde
hors de son monde

Extrait de L'ODE ~ IV.

30&31

Ils étaient au bout du pont, sombres, immobiles, muets. Ils se mirent en mouvement : d’une photographie à l’autre, changeaient de position. Désarticulés. Ils riaient, de leur manière habituelle ‒ contenue et cynique. A gauche, à droite, les deux ombres tournaient autour de son corps, s’en approchant peu à peu, les membres désaxés de leur tronc virevoltant au rythme de tambours invisibles. Elles étaient si proches de lui qu’il lui sembla que les lambeaux de chair qui ornaient leur visage caressaient le sien. L’instant d’après elles étaient à trois mètres, claudiquant des orteils aux épaules : d’un côté du pont, puis de l’autre, elles lui barraient toute sortie. 23h34. Leurs contours s’effaçaient, pris par les convulsions, et se mêlaient à la nuit que la chaleur rendait insoutenable. Il continuait d’avancer, les repoussant toutes deux de ses avant-bras repliés sur son visage. 23h38. Leurs yeux s’étaient emplis d’une lumière rouge, qui rayonnait sous leurs paupières. Elles riaient aux éclats, gonflant leur cage thoracique, cessant de se contenir : il était 23h41.

Extrait de NEW BABEL

Excès

vitesse oubli tonicité contractile
la main porte pose et apaise
la main respire en héritage
du corps précédemment conscient
le temps ne lui est pas favorable

Extrait de VISAGE D'HOMME

Nacre

elle a le cœur des anges
l’abîme au cœur
et le baume à mes mondes

les racines des maux
transpercées
nos crânes diluviens
tentacules du Christ
en amour…
en infini

guerriers de colère
assassin
assassins !
guerriers des fins d’un monde

l’onde s’épaissit
attrape ma main
tendue,
attrape-la
que l’abandon tarisse
faisons taire ces fous,
faisons Terre de nous

l’équilibriste salue son Dieu
les plumes des pieuvres
l’équilibriste danse
─ cesse l’abandon ─
c’est toi.
il n’y a que toi,
nous sommes seuls.
Je suis l’équilibriste !

Extrait de Monochromes ~ II